Arrêter n'est pas un échec. Ne pas savoir quand arrêter en est un.
5 questions à se poser avant de continuer à investir temps et énergie
J’ai fermé mon cabinet d’acupuncture une journée de juin 2017, après 5 ans d’exercice.
Mes derniers patients ne savaient pas que c’était la dernière fois qu’ils me voyaient. Moi non plus d’ailleurs.
Je me suis réveillée un matin avec une évidence : je n’y retournerai pas.
On parle beaucoup de comment lancer des projets. Personne ne parle de comment les arrêter sans culpabilité ni chaos.
Pourtant, savoir quand et comment sortir d’une activité est aussi stratégique que savoir comment y entrer.
Surtout quand on construit une constellation professionnelle où chaque étoile doit justifier sa place.
PS : pour les nouvelles et nouveaux arrivant.e.s
Je suis pleine de contradictions : j’ai quitté un CDI pour créer ma liberté mais j’ai encore du mal à respecter mes cycles d’énergie. J’ai théorisé la finitude et je continue parfois à me surcharger. C’est cette réalité brute que je partage ici.
Mon but n’est pas de vous vendre du rêve, mais de vous partager mes essais-erreurs en temps réel. Cinq ans de transition vers une constellation professionnelle équilibrée, avec les galères autant que les réussites. Bienvenue.
Projet 1 : Cabinet d’acupuncture (2012-2017)
8 ans de formation (week-ends, première année triplée)
5 ans d’exercice (samedis uniquement)
Cabinet à Boulogne-Billancourt
Fermeture brutale sans préavis
Les problèmes que j’ai rencontré
C’est une activité juridiquement précaire : pratique tolérée mais non protégée.
Développement uniquement par bouche-à-oreille. Impossible de faire du marketing sans risquer des poursuites pour exercice illégal de la médecine.
Cotisations sociales payées sans création de droits. Je les payais pour rien.
Formation continue obligatoire que je ne pouvais pas suivre avec une seule journée par semaine en activité. Mon syndrome de l’imposteur grandissait à chaque consultation.
Pratique émotionnellement épuisante. Des patients abîmés toute la journée, sans collègues pour débriefer.
Chaque samedi soir en rentrant chez moi, je me sentais vidée. Mais je continuais.
Pendant 5 ans, j’ai confondu “c’est difficile” avec “ça en vaut la peine”.
Cette activité nécessitait trop d’investissement (formation, énergie émotionnelle, risque juridique) pour n’être qu’une petite étoile d’une journée par semaine.
Elle aurait dû être mon activité principale ou ne pas exister du tout.
Dans une constellation professionnelle, certaines activités ne peuvent pas être “à temps partiel”. Elles demandent trop de largeur.
Projet 2 : Créer des maisons de santé “comme à la maison” (2015)
Business plan complet réalisé
Concept : lieux conviviaux partagés pour praticiens de santé alternative
Jamais lancé
J’avais un vrai business plan. J’avais partagé mon projet. J’étais organisée.
Donc j’étais prête.
Mais mon driver n’était pas l’envie de créer ce projet.
C’était la fuite.
Mon nouveau manager dans ma société me harcelait. Je cherchais une sortie. N’importe laquelle.
J’ai imaginé ce projet comme une bouée de sauvetage, pas comme une vraie direction.
Quand j’ai affronté mon manager et “gagné”, mon projet s’est évaporé instantanément.
Si un projet disparaît dès que le problème qu’il devait résoudre n’existe plus, ce n’était pas un vrai projet.
C’était une stratégie d’évitement.
Un bon business plan ne compense pas un mauvais driver.
Avant de tester une activité, il faut d’abord vérifier : est-ce que je vais VERS quelque chose ou est-ce que je FUIS quelque chose ?
Les projets construits sur la fuite s’effondrent dès que la menace disparaît.
Projet 3 : Terrain avec tiny houses (2017)
Concept travaillé
Localisation : impossible en Île-de-France où j’habitais
Jamais lancé
Je ne voulais pas déménager.
Mais mon projet nécessitait un déménagement.
J’ai passé des mois à travailler sur un projet géographiquement impossible pour moi à ce moment-là.
Chaque fois que j’avançais dans mes recherches, je trouvais une bonne raison de ne pas passer à l’action.
Le terrain parfait n’existait pas. Le financement n’était pas optimal. Le timing n’était pas bon.
En réalité, je ne voulais pas faire les choix de vie que ce projet impliquait.
Un projet peut être excellent sur le papier et mauvais pour toi.
L’erreur n’est pas d’abandonner un projet qui ne correspond pas à ta vie.
L’erreur est de perdre du temps sur un projet dont tu sais déjà qu’il nécessite des changements que tu ne veux pas faire.
Ma grille d’évaluation actuelle (avant de tester quoi que ce soit)
Les 5 questions non négociables
Driver : Est-ce que je vais VERS ce projet ou je FUIS ma situation actuelle ?
Largeur : Combien de temps/énergie/formation cette activité nécessite-t-elle ? Est-ce compatible avec ma constellation actuelle ?
Contexte : Quelles contraintes externes (juridiques, géographiques, financières) peuvent tuer ce projet même si je fais tout bien ?
Développement : Comment cette activité peut-elle grandir ? Si la réponse est “uniquement par bouche-à-oreille” ou “je ne peux pas en parler publiquement”, c’est un signal d’alerte.
Sortie : Comment je peux arrêter proprement si ça ne fonctionne pas ? Si je ne vois pas de porte de sortie claire, je ne rentre pas.
Et le test du soulagement 😃
Question simple à se poser régulièrement : “Si cette activité disparaissait demain, qu’est-ce que je ressentirais ?”
Si la réponse est “soulagement”, il est temps d’arrêter.
Si la réponse est “frustration” ou “tristesse”, continue.
Si la réponse est “je ne sais pas”, creuse. Quelque chose ne va pas.
Comment fermer proprement une activité
J’ai une checklist de sortie avant même de démarrer un projet.
Délai de préavis minimum : 3 mois pour prévenir les parties prenantes (clients, partenaires, collaborateurs)
Liste des relations à préserver : qui doit savoir en premier ? Comment maintenir le lien ?
Coût de sortie estimé : combien ça coûte d’arrêter (abonnements, engagements, matériel) ?
Plan B pour les clients : vers qui les rediriger ? Comment assurer la continuité ?
Arrêter un projet n’est pas un échec.
Ne pas savoir quand arrêter en est un.
J’ai passé 13 ans entre formation et pratique en acupuncture.
J’ai créé 2 business plans pour des projets jamais lancés.
Ces expériences m’ont coûté du temps, de l’argent et de l’énergie.
Mais elles m’ont appris à reconnaître ce qui mérite mon attention et ce qui doit être arrêté.
Aujourd’hui, je sais distinguer une difficulté normale d’un signal d’alarme.
Je sais poser les bonnes questions avant de tester une nouvelle piste.
Je sais fermer proprement ce qui ne fonctionne pas.
C’est peut-être la compétence la plus utile quand on construit une constellation professionnelle.
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Si cette approche de gestion d’activités multiples vous intéresse, je développe ces concepts dans mes articles Ressources.
Une expérience à partager ?
Et vous, quel est votre plus gros projet jamais lancé ? Partagez le en commentaire.
À bientôt ?
Tiffany
PS: Vous pouvez lire ici mon bilan du mois d’octobre.
PSS: J’écris sur Notes mes nouvelles idées et chaque lundi le bilan de la semaine passée.


Wouah. J'ai beaucoup aimé. Merci infiniment pour les mots que tu as posé
Excellent article!