Le temps libre ne s’improvise pas
Quand on construit une constellation professionnelle (= plusieurs activités qui nous occupent et qui nous rémunèrent), on fantasme souvent sur le moment où le système tournera tout seul et nous permettra d’ajouter une nouvelle activité, plus neuve et bien plus enthousiasmante pour notre cerveau.
Et puis ce moment arrive. Et c’est beaucoup plus déstabilisant qu’on ne l’imaginait.
Je veux vous raconter ce qui se passe vraiment quand le temps se libère, ce flottement, cet inconfort, et surtout pourquoi j’ai appris à ne plus le remplir immédiatement.
Ce n’est pas un article sur la productivité (mot interdit chez moi depuis 2019), mais sur ce qu’on fait de la liberté quand on l’a enfin.
Pendant mes vingt ans de salariat, être efficace avait une définition précise :
1- Aller au travail.
2- Avancer ma to-do.
3- échanger avec mes équipes.
4- Participer à des réunions.
Tout cela ayant pour but d’atteindre les objectifs qu’on me donnait.
Il n’y avait pas que les objectifs que je ne choisissais pas. Toute la structure m’était donnée : les horaires, les priorités, les deadlines. Je n’avais qu’à m’y conformer.
Et je ne réalisais pas à quel point c’était simple.
Pas simple dans le sens facile mais simple dans le sens : le cadre existe, je n’ai pas à l’inventer.
Aujourd’hui je peux terminer mes objectifs de la journée en deux heures et me retrouver désœuvrée. Non pas parce que je n’ai rien à faire, mais parce que personne ne me dit quoi faire ensuite. Ces objectifs ne sont d’ailleurs fixés que par moi. Les deadlines aussi. Et c’est encore moi qui doit m’assurer que je les atteins. Et une fois faits, il n’y a personne qui arrive avec la prochaine mission.
Il y a juste moi et le temps qui reste.
Quand j’ai délégué massivement la gestion de mes gîtes à l’automne dernier, du temps s’est libéré. Pas un peu. Beaucoup. Des dizaines d’heures par mois, avec en plus de la fatigue physique qui n’existait plus, et une charge mentale qui s’est évaporée. Je suis aussi plus libre géographiquement. J’ai coupé un énorme fil à ma patte.
Mon premier mouvement il y a 5 ans aurait été de décider rapidement quoi en faire.
Lancer quelque chose, démarrer un projet, occuper ce vide.
Je ne l’ai pas fait, car j’ai appris ce que coûte une décision prise trop vite.
Arrêter une activité a un coût, pas seulement financier. Il y a le temps pour comprendre pourquoi on arrête, pour l’accepter, pour préparer cette interruption, puis laisser l’espace se réorganiser. Quand on ne prend pas ce temps, on peut recommencer les mêmes erreurs dans une nouvelle configuration.
Ces six mois de temps libre m’ont permis de me demander pourquoi j’en étais arrivée à autant m’investir dans mon activité de gîtes, pourquoi j’avais eu autant de mal à déléguer.
Ce temps libre m’a aussi posé une question que le salariat ne me posait pas assez : qu’est-ce que je veux vraiment ?
Dans ma constellation professionnelle, cette interrogation est permanente.
Et y répondre demande un niveau de conscience de soi que personne ne vous apprend. Ni à l’école, ni en entreprise.
On apprend à être efficace dans un cadre donné, et pas à construire le cadre soi-même en fonction de qui on est (je donne ma méthode pour le faire ici).
J’ai commencé à mesurer mon temps de travail. Combien de temps, quand, sur quoi.
Pas pour optimiser, mais déjà pour comprendre.
Ce que je constate :
Je saute de sujet en sujet le matin, je me mets à mon ordinateur et je passe à différents sujets sans structure apparente,
Je sais dès le réveil si c’est une journée créative ou non, je ne force rien,
Je travaille en rafales,
Certaines tâches que j’estime longues prennent en réalité peu de temps,
D’autres que je sous-estime m’absorbent pendant plus de temps que prévu.
Ce n’est pas un problème. C’est mon mode de fonctionnement.
La différence entre avant et maintenant, c’est que je le sais. Et cette connaissance change tout dans la façon dont je structure ma journée, ma to-do, mes objectifs et mes deadlines.
1 - je me force à faire les sujets sur lesquels je procrastine le plus. Ils sont pourtant très simples et sont ceux où je prends contact avec une personne pour caler un rdv ou où je dois produire un contenu qui me stresse (une vidéo de présentation par exemple).
2 - je ne force rien d’autres, mais je me fixe des objectifs à grande échelle, c’est-à-dire au mois près.
3 - je ne suis pas angoissée par la partie écriture, je sais que j’aurai de la matière et envie de le poser. Je sais à quel point je me sens bien après. Donc j’arrive à tenir mon objectif d’une newsletter par semaine. Pour le blog par contre, le rythme est plus irrégulier puisque je ne m’impose rien.
4 - la partie « gestion terrain » que je conserve pour les gîtes est revenu à un niveau raisonnable. Je le fais avec plaisir et j’apprécie l’aspect physique, concret, réel.
J’en suis venue à comprendre qu’il y a trois choses que le temps libéré met en lumière. On ne les voit pas tant qu’on est dans le flux d’une vie professionnelle trop structurée et remplie.
1- Mon rapport à la productivité.
Au salariat, produire signifie être présent et avancer dans le cadre qui a été défini par d’autres personnes. Dans une constellation professionnelle, produire peut ressembler à une matinée de réflexion sans output visible, ou à deux heures de travail intense qui valent une semaine de rendus. La mesure change complètement et j’ai dû apprendre à la comprendre pour ne pas être insatisfaite de certaines journées.
2- Mon niveau d’énergie réel par type de tâche.
Créer me demande un état particulier de forme mentale. Gérer des imprévus me coûte. Parler aux gens me fatigue. Je dois adapter mon quotidien et mes tâches à cela.
3- Ma tolérance à l’incertitude.
Le flottement entre deux projets est inconfortable. Mais il est aussi informatif. Ce qui émerge pendant cette période (les idées qui reviennent, les projets qui restent dans la tête, les envies qui résistent au temps) est ce qui mérite mon attention. Ce qui disparaît au bout de quelques semaines n’était probablement pas si important.
Le luxe du temps libéré est réel. Je peux me permettre de prendre le temps parce que j’ai construit une constellation qui ne dépend pas d’un seul revenu.
Mais ce luxe ne se transforme en quelque chose d’utile et confortable que si j’apprend à l’habiter correctement.
Ce que j’ai développé au fil du temps est une sorte de tableau de pilotage intérieur.
Trois indicateurs :
- Est-ce que cette activité me satisfait encore ?
- Est-ce qu’elle me stimule suffisamment ?
- Et mes signaux physiques (sommeil, stress, énergie au lever) sont-ils au vert ?
Quand ces trois indicateurs sont stables, je continue.
Quand l’un d’eux se dégrade, c’est un signal d’ajustement et je ne panique pas.
Ce tableau de bord remplace la structure externe que le salariat me fournissait. Il m’appartient. Je l’ai construit en m’observant.
Si vous êtes en transition ou si vous venez de libérer du temps dans votre constellation, voici ce que je ferai à votre place.
Pendant deux semaines, notez chaque soir trois choses :
ce que vous avez fait,
combien de temps ça a réellement pris (j’utilise Clockify pour cela en app MAC),
et votre niveau d’énergie en fin de journée sur une échelle simple de 1 à 5.
Vous verrez très vite à quelle heure vous êtes le plus efficace sur quel type de tâche, ce que vous remettez systématiquement à plus tard, et ce que vous faites naturellement en premier quand personne ne vous impose rien.
Ce que vous faites en premier est clé car s’y trouve votre vraie priorité. Pas celle que vous écrivez dans votre backlog. Celle que votre cerveau choisit avant même que vous ayez décidé.
C’est une information qui vaut beaucoup.
Pour aller plus loin
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à bientôt ?
Tiffany
PS: Vous pouvez (re)découvrir ici mon histoire et ce que j’appelle ma constellation professionnelle. J’écris aussi des articles sur un blog. Je publie sur Notes mes pensées du moment et chaque lundi le bilan de la semaine passée.

