J’ai décidé que l’IA n’était pas mon collègue
Quand on travaille seule, l'illusion d'avoir enfin une équipe virtuelle est tentante. J'ai testé. J'ai arrêté.
Je passe quelques heures par semaine dans Claude.
J’analyse des documents légaux, je structure mes articles, je corrige mes textes, je teste des hypothèses. J’ai construit une base de connaissances sur mes activités professionnelles. J’ai connecté des applications que je n’utilise pas encore.
ChatGPT me sert à faire des recherches. Je ne vais presque plus sur Google. J’ai tenté d’arrêter la version payante, j’ai été vite à bout du quota. Je l’ai reprise.
Perplexity traîne en arrière-plan pour la veille approfondie.
Voilà mon usage IA aujourd’hui. Mais ce n’était pas le cas il y a un an.
Il y a un an, j’ai testé des plateformes qui proposaient plusieurs “agents IA”. Un marketeur, un commercial, un analyste financier etc.. L’idée était séduisante : avoir enfin une équipe alors que je travaille seule.
Parce que c’est ça, la réalité d’une constellation professionnelle multi-activités.
Je gère plusieurs gîtes regroupés sous une marque, des investissements, une newsletter, du mentorat. Je n’ai pas de collègue au quotidien. Personne avec qui tester une idée autour d’un café. Personne pour me dire “attends, tu es sûre de ton coup ?”
Quand tu bosses seule, l’idée d’avoir des “collaborateurs IA” qui comprennent ton contexte et te proposent des pistes, c’est tentant.
Ça a duré seulement quelques semaines.
J’ai été noyée sous les idées et les actions proposées. Chaque agent générait des dizaines de suggestions. Il fallait trier, évaluer, recalibrer. J’ai passé plus de temps à gérer mes agents virtuels qu’à avancer sur mes projets.
C’était exactement l’inverse de ce que je recherchais.
PS : pour les nouvelles et nouveaux arrivant.e.s
Je suis pleine de contradictions : j’ai quitté un CDI pour créer ma liberté mais j’ai encore du mal à respecter mes cycles d’énergie. J’ai théorisé la finitude et je continue parfois à me surcharger. C’est cette réalité brute que je partage ici.
Mon but n’est pas de vous vendre du rêve, mais de vous partager mes essais-erreurs en temps réel. Cinq ans de transition vers une constellation professionnelle équilibrée, avec les galères autant que les réussites. Bienvenue.
Travailler seule, c’est porter toutes les décisions. Bonnes et mauvaises.
C’est se réveiller à 3h du matin en se demandant si on a fait le bon choix sur un investissement.
C’est avoir 15 questions par jour et personne à qui les poser sans prendre rendez-vous ou payer une heure de consultation.
Cette solitude, je l’ai choisie. Elle fait partie de mon équilibre. Pas de réunions inutiles, pas de compromis sur des décisions stratégiques, pas de charge mentale relationnelle au quotidien (ce que je ne voulais plus lorsque j’ai fait mon Ikigaï inversé).
Mais elle a un coût. Le coût de ne jamais avoir de feedback immédiat. De devoir valider ses propres hypothèses. De tourner en rond parfois sur des questions qui se régleraient en 5 minutes avec un regard extérieur.
Alors quand l’IA est arrivée avec sa promesse d’être “là quand tu en as besoin”, j’ai mordu.
Au début, je parlais à l’IA comme à un collègue.Bonjour, merci, s’il te plaît.
J’ajustais mon ton selon les réponses. Je cherchais du feedback. Je voulais être challengée.
J’ai même demandé dans mes instructions Claude d’éviter l’effet “yes man”. Je voulais qu’elle me montre les angles morts de mes raisonnements.
Extrait de mon mega-prompt : “Je veux également que tu évites l’effet “yes-man” et “people pleaser”. Je veux que tu analyses objectivement les idées que je te fournis pour me montrer des aspects que je n’ai pas vu et des risques ignorés”.
Puis j’ai lu Lili Barbery qui alertait sur cette confusion humain-machine. Ces formules de politesse entretiennent l’illusion d’une relation là où il n’y en a pas.
J’ai trouvé ça juste.
Mais le vrai déclic est venu d’une situation précise.
Je demande une structuration des pour et contre d’un changement d’outil technique pour ma gestion du mentorat. Je reçois un long paragraphe me disant que je perds du temps à peser ces choix, que ce n’est pas pertinent.
J’ai dû recadrer. Et en recadrant, j’ai compris le piège.
En voulant qu’elle me challenge, j’avais créé l’attente d’un collègue. Quelqu’un qui évalue mes priorités. Qui me dit si ma question est pertinente ou non.
Mais je n’ai pas besoin d’un collègue qui me juge. J’ai besoin d’un outil qui répond.
Aujourd’hui, je n’utilise plus l’IA comme avant.
Avant : je lançais des sessions de brainstorming sans but précis. Je testais des idées. Je cherchais de la validation.
Maintenant : j’ai une interrogation précise, j’envoie deux ou trois messages, c’est plié.
Avant : je passais des heures à échanger, à reformuler, à recalibrer mes prompts pour obtenir exactement ce que je voulais.
Maintenant : si la réponse ne tombe pas juste rapidement, c’est que ma question n’était pas assez claire. Je reprends ma réflexion en amont, sans l’IA.
Avant : j’attendais que l’IA me challenge, me pousse à voir différemment.
Maintenant : je garde ça pour les humains. Pour mes pairs entrepreneurs avec qui j’échange ponctuellement. Pour les livres que je lis. Pour mon propre temps de réflexion silencieuse.
Ce que j’ai compris, c’est que l’IA ne remplace pas la solitude entrepreneuriale. Elle l’optimise sur des tâches précises. Mais elle ne peut pas combler le besoin de regard extérieur humain.
Dans une constellation, chaque activité a sa place définie. Son temps alloué. Son rôle dans l’ensemble.
L’IA n’est pas une activité. Elle est un outil qui traverse mes activités.
Mais elle doit rester à cette place : un outil.
Elle structure mes articles. Elle cherche des informations précises. Elle corrige mes textes. Elle analyse des documents légaux chiants.
Elle me fait gagner du temps sur des tâches qui n’ont pas besoin d’être humaines.
Elle ne remplace pas le temps de réflexion lent. Celui où je tourne en rond, où je doute, où je reviens sur une décision trois fois avant de trancher.
Elle comble juste les micro-moments du quotidien où j’ai besoin d’une réponse factuelle rapide. Où je veux structurer une idée qui est déjà claire dans ma tête. Où je dois corriger un texte sans relire 15 fois.
C’est déjà énorme. Mais ce n’est pas une relation.
Et accepter cette limite, c’est ce qui me permet d’utiliser l’IA efficacement sans m’y noyer.
Peut-être que je me trompe. Peut-être qu’on construit effectivement quelque chose de nouveau où la frontière homme-machine sera plus floue (vous ressentez aussi ce malaise quand vous voyez les nouveaux robots “humains” ?).
Mais pour l’instant, je préfère garder la ligne claire.
L’IA est un outil. Un outil remarquable qui optimise mes tâches. Pas un collègue de substitution.
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Une expérience à partager ?
Et vous, comment gérez-vous cette frontière avec l’IA ? Partagez le en commentaire.
À bientôt ?
Tiffany
PS: Vous pouvez lire ici qu’arrêter n’est pas un échec. Mais ne pas savoir quand arrêter en est un.
PSS: J’écris sur Notes mes nouvelles idées et chaque lundi le bilan de la semaine passée.


Merci de ce partage, j'avoue que le côté yes man , quasi obsequieux du début des réponses générées par l ia me stresse plutôt quil ne me rassure. C'est un super synthétiseur je trouve mais un mauvais conseilleur je trouve.