Défaire ce qu’on a construit
Ce gîte n'était plus un bien, c'était une preuve
Le printemps dernier, j’ai compris que tout devait changer dans mon activité de gîtes de tourisme.
Pas une révélation nette. Plutôt une accumulation. Une fatigue, une lassitude, une envie d’autre chose qui s’installait sans que je sache vraiment quoi faire avec.
Car le problème est que j’avais construit quelque chose. Des logements achetés et rénovés, des années de gestion (six pour le plus ancien), des décorations choisies pièce par pièce, des systèmes rodés, une marque Un Séjour à Blois.
Dans ma tête, défaire ne ressemblait pas à une décision professionnelle. Ça ressemblait à vouloir tout jeter.
Et jeter ce qu’on a construit, c’est une des choses les plus difficiles à faire quand on est entrepreneur.
J’ai commencé par la délégation.
Pas la délégation partielle que je pratiquais déjà avec une employée présente depuis cinq ans et une société de ménage prestataire, mais une délégation massive. Confier à quelqu’un d’autre ce que je faisais encore moi-même, en acceptant que ça coûte et que je ne toucherai plus de salaire sur cette partie.
Ce que j’ai découvert en faisant ça, c’est que la question n’était pas “est-ce que je peux déléguer” mais “est-ce que je suis prête à payer pour ne plus faire”. C’est différent. Le premier est un problème d’organisation. Le second est un problème de valeurs — qu’est-ce que vaut mon temps, qu’est-ce que vaut ma tranquillité d’esprit.
J’ai décidé que mon temps et surtout ma tranquillité d’esprit valaient plus que le revenu que je perdais.
Ensuite mon beau-frère a voulu vendre un des gîtes.
Ça m’a remué. Pas pour des raisons financières — la décision avait du sens. Mais parce que ce gîte, je l’avais décoré, mis en location, géré pendant des années. Il y avait quelque chose de moi dedans. Le laisser partir, c’était admettre que cette période était terminée.
J’ai lâché. L’offre d’achat est acceptée, la vente se finalisera en juin.
Je perds ce qu’il me restait de revenus avec cette vente.
Ce qui se dessine maintenant, c’est une étoile socle plus petite mais plus lisible.
Trois grands gîtes très rentables et notre ancien appartement que nous continuerons à exploiter en tourisme. Un logement plus petit que je vais basculer en location longue durée en octobre après la saison, un format que je connais bien sur d’autres logements que nous avons. Ma mère qui gère deux gîtes va probablement lever le pied l’année prochaine.
Mais il y a tout de même deux points d’interrogation. Un qui performe mieux cette année, j’attends les chiffres de la saison pour décider. Et un dont le chiffre d’affaires baisse depuis trois ans.
Pour l’instant les chiffres sont bons, donc je n’ai pas encore tranché sur ces deux-là. Ce n’est pas de la procrastination — c’est attendre d’avoir les bonnes informations avant de décider en fin d’année.
Ce que j’ai appris dans ce processus, c’est que la peur de défaire vient souvent d’une confusion entre l’objet et l’effort qu’on y a mis.
Je n’ai pas de nostalgie particulière pour les gîtes en eux-mêmes. Ce que j’avais du mal à laisser, c’était la preuve tangible de ce que j’avais construit. Comme si vendre ou basculer un bien effaçait quelque chose.
Ça n’efface rien. Le patrimoine continue de grossir, les compétences restent, les revenus futurs se réorganisent. Ce qui change, c’est la charge — mentale, logistique, émotionnelle. Et la charge libérée se transforme en espace pour autre chose.
Ce que j’ai aussi compris : plus j’ai de gîtes, plus j’ai d’imprévus. Et les imprévus sont la seule chose dans cette activité sur laquelle je n’ai aucune prise. Réduire le nombre de biens, c’est aussi réduire la surface d’exposition à ce que je ne contrôle pas.
Il reste un sujet que je ne résous pas encore complètement.
Moins de gîtes, c’est moins de revenus directs. Le patrimoine grandit, les prêts se remboursent, mais ça ne paie pas mes factures du quotidien. Je dois développer d’autres sources de revenus — c’est le mouvement en cours, c’est pour ça que la partie création et les produits digitaux prennent plus de place.
C’est inconfortable d’être dans cette transition. Je sais où je vais mais le chemin est encore en construction (et il est looooong).
Ce que je sais, c’est que rester avec huit gîtes par peur de défaire aurait fini par être plus coûteux que de lâcher.
Pas financièrement. Autrement.
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Tiffany
PS: Vous pouvez (re)découvrir ici mon histoire et ce que j’appelle ma constellation professionnelle. J’écris aussi des articles sur un blog. Je publie sur Notes mes pensées du moment et chaque lundi le bilan de la semaine passée.

