En 2021, après une dizaine d’années dans la même start-up parisienne, je pose enfin ma démission. Mais cette fois-ci ce n’est pas pour rejoindre une autre entreprise. J’ai décidé de ne plus être salariée. À l’époque, mon titre était directrice du pôle grands comptes, une équipe d’une trentaine de personnes, et avant le chemin « classique », prépa puis école de commerce puis différents postes de plus en plus larges en responsabilités.
Je pensais que quitter cette voie suffirait à m’en défaire. Que le jour où je n’aurais plus de titre, plus d’équipe, plus de comité de direction à qui rendre des comptes, l’affaire serait réglée. Mais ce modèle est restée dans ma tête, bien après l’avoir quitté.
On peut avoir tourné la page et rester pourtant, des années après, à mesurer sa nouvelle vie avec les critères de l’ancienne.
Pour celles et ceux qui me découvrent : je suis Tiffany. Plusieurs métiers, aucun patron depuis 2021, et une théorie selon laquelle on peut construire une constellation professionnelle plutôt que choisir un seul métier. J’écris ici chaque semaine depuis 2024 pour raconter comment ça marche (ou pas). Tu peux t’abonner juste en dessous, c’est gratuit.
Aujourd’hui, mes journées sont partagées entre la gestion de mes gîtes de la marque Un Séjour à Blois, mes investissements financiers et immobiliers, et l’écriture sous des formes variées. Aucune de ces activités ne suffirait seule à me déclarer comme une référence dans ce secteur. Mais ensemble, elles forment quelque chose qui me convient mieux que n’importe quel titre de poste que j’ai pu avoir.
Votre voie n’est peut-être pas la mienne. Elle peut être une profession libérale, un poste dans la fonction publique, une entreprise familiale à reprendre, n’importe quel chemin qu’on vous a présenté un jour comme la meilleure option possible et que vous avez suivi sans trop le questionner. Mais le mécanisme reste le même : si vous changez, vous allez continuer à mesurer votre nouvelle vie avec les critères de l’ancienne.
Cet article n’est pas sur comment quitter votre job, mais sur ce qui reste après. Ce qu’il faut vraiment lâcher pour qu’une vie faite de plusieurs activités remplace une seule carrière sans que l’ego s’en trouve (trop) à vif. J’ai fini, après 5 ans, par identifier mes trois grands renoncements. Les voici.
Mon cerveau a gardé en mémoire l’habitude d’années de validation par ma hiérarchie. Chaque promotion, chaque prime, active un mécanisme de récompense, qui ne s’éteint pas le jour de la démission. Il continue de réclamer sa dose, et quand plus personne n’est là pour la lui donner, on va parfois la chercher ailleurs, dans la comparaison avec ceux qui, eux, sont restés et ont grimpé plus haut.
Ça se manifeste par des gestes très concrets. Regarder le profil LinkedIn d’anciens collègues restés en poste. Se sentir obligée de justifier son choix à table, chez des amis qui, eux, continuent de monter les échelons. Répondre par une pirouette à la question que fais-tu dans la vie, parce que la réponse ne rentre plus dans une seule ligne. Tout cela sont les symptômes d’un système de validation qu’on a quitté sur le papier, mais pas encore complètement dans la tête.
Mon premier renoncement concerne donc la validation : Je dois apprendre à renoncer à la validation par un tiers.
Plus personne n’est là pour valider quoi que ce soit. Personne ne me dit que le mois a été bon ou que la décision prise était la bonne. Il faut apprendre à se le dire soi-même, sans attendre qu’un supérieur le confirme, ce qui demande un entraînement que rien dans une carrière salariée ne prépare. Ce vide sera comblé par une nouvelle forme de mesure, le chiffre d’affaires du mois, les avis clients, le nombre d’abonnés. Il doit se construire.
Sur quoi repose votre sentiment de réussite aujourd’hui, un jugement extérieur, ou un résultat que vous mesurez seul ?
Mon second renoncement avec ma constellation professionnelle actuelle est le suivant : Il faut apprendre à renoncer à l’excellence dans un seul domaine.
Avant, j’étais identifiée sur un domaine précis, que je maîtrisais après des années d’expérience. Aujourd’hui, dans ma constellation, je suis correcte dans plusieurs domaines, gestion locative, contenu, investissement, mais sans être la meilleure dans aucun. Aucune de mes activités ne va exploser. Dans une constellation, le principe est qu’aucune activité ne doit me demander de m’y consacrer entièrement. La polyvalence est mon choix de vie. Ce choix a un prix, celui de renoncer à l’idée qu’on pourrait un jour être reconnu comme la référence sur un sujet. La question à se poser ici n’est pas de savoir si on accepte ce renoncement en théorie, mais laquelle des deux peurs pèse le plus lourd : ne plus être identifié comme expert, ou s’ennuyer en restant sur un seul terrain.
Mon troisième renoncement porte sur la stabilité. Il faut renoncer à la définition figée du succès.
Un poste, une fois obtenu, se défend, on cherche à le garder, à le faire durer, à monter encore si possible. Une constellation n’a pas vocation à rester identique. Je sais déjà qu’une partie de la mienne va bouger d’ici 2027, certaines activités vont diminuer, d’autres vont prendre plus de place. Il y a quelques années, j’aurais vécu ça comme un échec, la preuve que je n’avais pas su me fixer, que je n’avais pas réussi Je le vois aujourd’hui comme la mécanique normale du modèle, la même logique que celle de la finitude que j’essaie d’appliquer partout dans ma vie professionnelle :
on ne garde pas tout, on choisit ce qui compte à un moment donné, et ce choix peut changer plus tard sans que ce soit un échec.
Ce qui coince souvent, ce n’est pas le changement lui-même, c’est l’idée qu’on se fait d’une vie professionnelle réussie, à savoir une ligne stable et ascendante plutôt qu’une configuration multi-activités qui se renouvelle.
Pour moi, c’est le deuxième renoncement qui a mis le plus de temps à passer, accepter de ne plus être identifiée comme experte d’un domaine précis. Le troisième, la stabilité, est devenu presque confortable avec le temps. J’aime m’autoriser à changer. Pour le premier, la validation, le fait de réussir à aboutir sur des projets (amélioration ou nouvelle chose) est devenu suffisant pour moi.
Pour aller plus loin
Vous voulez passer à l’action avec mes outils ?
L’Ikigaï inversé pour identifier ce que vous refusez dans votre vie professionnelle. Point de départ quand on ne sait pas encore par où commencer. Le Révélateur pour cartographier votre constellation en 50 questions. Étape suivante quand vous savez ce que vous ne voulez plus.
Vous voulez approfondir avec mes archives et ressources ? J’ai créé des ressources avec mes méthodes concrètes, mes chiffres réels et les exercices que j’utilise en mentorat.
Vous voulez un accompagnement personnalisé ? Je propose du mentorat individuel pour construire et améliorer votre constellation.
à bientôt ?
Tiffany
PS : Vous pouvez (re)découvrir ici mon histoire et ce que j’appelle ma constellation professionnelle. J’écris aussi des articles sur un blog. Je publie sur Notes mes pensées du moment et chaque lundi le bilan de la semaine passée.



Ne pas se comparer aux autres mais qu'à soi même tous les ans. C'est dur, mais être son propre juge, c'est toujours mieux qu'un manager 🙃