Que c’est difficile de reprendre ma routine d’écriture chaque semaine. La pause de cet été m’a fait beaucoup de bien mais, après trois semaines de reprise, je me rends compte que j’ai du mal à retrouver l’élan. Cela m’interroge sur le bénéfice de faire des pauses… Réflexion en cours.
J’ai envie de parler de l’IA cette semaine, mais pas tellement de la technologie elle-même. Plutôt de ce qu’elle est en train de faire disparaître dans mes activités.
Pour celles et ceux qui me découvrent : je suis Tiffany. Plusieurs métiers, aucun patron depuis 2021, et une théorie selon laquelle on peut construire une constellation professionnelle plutôt que choisir un seul métier. J’écris ici chaque semaine depuis 2024 pour raconter comment ça marche (ou pas). Tu peux t’abonner juste en dessous, c’est gratuit.
Si je prends un peu de recul, l’IA est le seul sujet d’actualité que je suis vraiment, grâce au podcast Silicon Carne. J’aime beaucoup leur manière d’aborder le sujet. Ils montrent les avancées sans tomber dans le catastrophisme. C’est assez différent de ce que je lis souvent dans la presse française, où le débat est trop binaire = fascination ou catastrophisme.
Ce qui m’inquiète n’est pas tellement l’idée que l’IA puisse un jour me dépasser. C’est déjà le cas. Je m’interroge beaucoup sur ce qu’elle va faire au travail, à nos métiers et surtout aux jeunes qui arrivent aujourd’hui sur le marché de l’emploi. J’ai parfois le sentiment que ce sujet est encore traité comme une innovation parmi d’autres, alors que j’assiste à travers chaque news sur ce sujet à un changement de paradigme.
Mon conjoint a testé le nouveau modèle Astra de ChatGPT dès sa sortie. Pendant plusieurs jours, il n’a fait que me répéter qu’il fallait absolument que je regarde. J’étais pourtant très bien avec mon usage de Claude. J’avais pris le temps de construire plusieurs projets, d’y déposer mes concepts, mes articles, mes méthodes de travail. je lui ai donné beaucoup d’instructions sur comment me répondre. Pourquoi changer ? Honnêtement, j’avais surtout la flemme.
Puis j’ai essayé. Et j’ai résilié mon abonnement Claude dans les vingt-quatre heures. Deux jours plus tard, j’acceptais pour la première fois de payer un abonnement d’une centaine d’euros pour un outil d’intelligence artificielle.
Dans un premier temps, je me suis attaquée à la refonte de mon site Constellation Pro. Depuis plusieurs mois, j’ai envie de quitter Podia pour construire quelque chose qui corresponde davantage à ce que j’ai en tête. J’ai beaucoup de matière : près de 150 articles, mon manuscrit, le contenu du site actuel, toutes mes notes. Je lui explique simplement à l’oral ce que je veux. Il construit. Je regarde. J’ajuste. Il recommence. Tout cela avec une fluidité déconcertante.
Le plus troublant n’est même pas la vitesse. C’était sa connaissance de mon travail en quelques minutes. L’outil retrouve des idées que j’avais oubliées au fond de mes notes Bear, fait des liens entre des textes écrits à plusieurs années d’écart, me signale des incohérences. Il a une meilleure mémoire de mon propre travail que moi.
Puis je me suis dit que j’allais toucher à l’intouchable : notre site de réservation pour les gîtes. Là, cela ne concerne pas seulement le design. Il y a des API REST, des disponibilités à mettre à jour en temps réel, des vues calendriers, Stripe pour le paiement, des belles photos mais qui sont trop lourdes, des illustrations et plans à créer, du référencement… Typiquement le genre de projet pour lequel je me serais immédiatement dit qu’il me fallait l’aide d’un développeur et d’un graphiste.
Mais depuis deux semaines :
Je décris ce que je veux, souvent à l’oral.
Je vais boire un café, lancer une machine, vérifier un logement…
Je reviens.
Le prototype est là.
Il n’est pas parfait (encore heureux ?). Je le corrige, je précise… Mais la première version est excellente. De temps en temps je lui demande ce qui pourrait être amélioré. Il me répond, priorise les sujets, explique pourquoi, puis réalise les modifications. Nous vivons dans un monde où il devient possible d’avoir, pour quelques dizaines d’euros par mois, un interlocuteur capable de comprendre un besoin, de proposer des solutions, de les construire et de les améliorer presque instantanément. Je ne suis pas certaine que nous mesurons encore ce que cela signifie.
En prenant un peu de recul, je crois que ce qui m’a réellement retourné le cerveau n’est pas que l’IA sache coder à partir de mes demandes. C’est qu’elle est en train de faire disparaître une limite qui existait dans énormément de mes projets : la technique.
J’ai toujours eu énormément d’idées. Ce qui me limitait n’était pas mon imagination. C’était ma capacité à les concrétiser. Il fallait trouver les bonnes compétences, les bons prestataires, le temps, l’énergie, parfois beaucoup d’argent. Une partie des idées restaient à l’état d’idées parce qu’elles étaient simplement trop compliquées. Je réalise aujourd’hui que cette contrainte est en train de diminuer à une vitesse incroyable. Et cela change complètement la nature du travail.
Pendant longtemps, la question était : « Est-ce que c’est faisable ? »
Elle devient : « Est-ce que cela mérite vraiment d’être construit ? »
J’explique dans mon manifeste que l’IA supprime progressivement les barrières de temps, de compétences et d’argent qui empêchaient beaucoup de personnes de diversifier leurs activités. Je le comprenais intellectuellement. Ces deux dernières semaines, je l’ai compris concrètement.
L’IA ne me donne pas davantage d’idées. Elle ne décide pas lesquelles sont pertinentes. En revanche, elle réduit le coût de leur expérimentation. Je peux tester un site, imaginer une interface, construire un outil, explorer une piste puis décider quelques heures plus tard si cela mérite d’aller plus loin. Le véritable changement est là. C’est la raison pour laquelle l’IA est particulièrement intéressante dans le cadre d’une constellation professionnelle. Pendant longtemps, mener plusieurs activités supposait d’accepter de nombreuses limites techniques. Aujourd’hui, ces limites s’effacent. Mais les vraies questions restent exactement les mêmes. Quelle activité mérite d’exister ? Laquelle faut-il arrêter ? Combien d’étoiles votre constellation peut-elle réellement supporter ? Où voulez-vous consacrer votre énergie ?
Je fais donc aujourd’hui des choses que je serais incapable de réaliser seule. Je connais assez bien mon fonctionnement pour savoir que cela peut devenir une forme de dépendance. J’ai quitté les réseaux sociaux parce que je ne supportais plus leur impact sur ma santé mentale. Je me demande parfois si, dans quelques années (ou mois ?), je ne m’imposerai pas aussi des périodes de jeûne d’IA.
Les machines deviennent meilleures. Et nous continuions à réfléchir comme si rien n’avait changé. Lorsque presque tout devient techniquement possible, notre valeur ne réside plus dans notre capacité à faire. Elle réside de plus en plus dans notre capacité à choisir ce qui mérite d’être fait. L’IA ne rend pas les personnes multi-activités plus intelligentes, elle rend le coût de la polyvalence beaucoup plus faible.
Pour aller plus loin
Vous voulez passer à l’action avec mes outils ?
L’Ikigaï inversé pour identifier ce que vous refusez dans votre vie professionnelle. Point de départ quand on ne sait pas encore par où commencer. Le Révélateur pour cartographier votre constellation en 50 questions. Étape suivante quand vous savez ce que vous ne voulez plus.
Vous voulez approfondir avec mes archives et ressources ? J’ai créé des ressources avec mes méthodes concrètes, mes chiffres réels et les exercices que j’utilise en mentorat.
Vous voulez un accompagnement personnalisé ? Je propose du mentorat individuel pour construire et améliorer votre constellation.
à bientôt ?
Tiffany
PS : Vous pouvez (re)découvrir ici mon histoire et ce que j’appelle ma constellation professionnelle. J’écris aussi des articles sur un blog. Je publie sur Notes mes pensées du moment et chaque lundi le bilan de la semaine passée.









