#131 L'identité professionnelle
Ma newsletter hebdomadaire aurait dû sortir hier mais des actualités (voir ma note plus bas) et une petite maladie en ont eu raison. Je voulais écrire sur le fait de tester et d’ajouter une nouvelle étoile à une constellation, avec mon exemple du moment (une potentielle activité de conseillère en gestion de patrimoine), et puis j’ai eu envie ce matin de parler d’identité professionnelle.
J’écoutais hier en conduisant l’audio du Festin et certains avis me faisaient grimacer. Le sujet portait sur l’impact de l’IA sur nos vies professionnelles (plus j’écoute de contenu sur ce sujet, plus je pense que personne n’en sait rien en fait). Et il y avait l’affrontement maintenant classique : l’humain ne va plus avoir à travailler, « on » va lui verser un salaire universel et tout ira bien, de toute façon une grande partie des emplois étaient des bullshit jobs. Et puis celui qui venait dire que le travail est LA source d’épanouissement, que c’est génial de participer à un élan productif et de créer via son emploi.
Pour celles et ceux qui me découvrent : je suis Tiffany. Plusieurs métiers, aucun patron depuis 2021, et une théorie selon laquelle on peut construire une constellation professionnelle plutôt que choisir un seul métier. J’écris ici chaque semaine depuis 2024 pour raconter comment ça marche (ou pas).
En fait, les deux côtés me font grimacer. Je souhaite à tout le monde de ne plus avoir à travailler, je ne pense pas que l’Humain va alors devenir une extension de son canapé, mais je ne pense pas non plus qu’une entité magique va verser à toute la planète un revenu universel pour ne rien faire. Pour moi, tout ce discours ne repose sur rien. Il y a de vagues schémas de redistribution des riches vers les « pauvres », absolument décorrélés de toute logique, comme si les gens qui en parlaient ne vivaient pas dans notre vrai monde.
Et donc, de l’autre côté de la table, les fans du travail, c’est génial, que d’épanouissement. Et je les soupçonne d’avoir effectivement un travail qui les épanouit. Heureusement, dans cet échange, il y avait de l’empathie amenée par une femme, Marie Dollé, qui avait les deux pieds solidement sur terre. J’ai commandé son livre d’ailleurs suite à cette écoute.
Une fois cela posé, et après m’être arrêté de m’énerver, je me suis intéressée à une partie sur la mutation du travail et de l’identité induite par le travail. Ça se rapproche de ce que j’aborde avec la constellation professionnelle. Vous avez plusieurs activités, aucune n’est dominante, et vous ne savez plus comment vous présenter au monde. L’IA arrive, et tout d’un coup votre métier mute tellement fort qu’il ne vous ressemble plus, voire il n’existe plus.
Sont alors jetés en pâture des mots comme curiosité, formation continue, pivot, énergie, pour montrer que tout est encore possible.
L’IA ne détruit pas votre job, elle vous offre la possibilité de vous réinventer, chouette.
Ça sous-entend quand même fort que :
1. vous avez un filet de sécurité et pouvez pivoter tranquillement sans risquer d’être à la rue ;
2. vous avez le temps de vous former (je pense ici aux parents de jeunes enfants) ;
3. vous avez l’énergie, et là je pense à toutes les personnes en burn-out.
Mon objectif n’est pas d’être négative de bon matin, mais juste de remettre l’église au milieu du village (dicton d’un autre temps pour l’athée que je suis). Je pense que si vous aviez envie de tester de nouvelles activités, il est temps de le faire. Si vous n’avez jamais investi un euro, il est aussi temps de le faire. Je ne dis pas que ce qui arrive est horrible, mais il vaut mieux être solide sur ses appuis, à savoir ses finances et sa capacité à rebondir.
Tout indique que ce que nous appelons notre « vie professionnelle » va être bien différent dans les prochaines années.
Si tout le monde garde son travail mais en version « augmentée », tout ira bien ? Marie Dollé a eu une bonne intervention sur ce point quand un intervenant a évoqué le bonheur d’arriver le matin avec sa boîte mail déjà triée. Trier ses mails peut aussi être vu comme une activité « low energy » qui permet de décompresser. Les discours qui tournent autour du fait de ne plus réfléchir qu’à la stratégie semblent oublier que notre cerveau ne tourne pas 24 h/24 en plein régime.
Reste une question que ni les optimistes du revenu universel ni les fans du travail ne se posent : si votre métier mute jusqu’à ne plus vous ressembler, qui êtes-vous alors ? Je commence à y répondre dans le chapitre sur l’identité de mon livre manifeste (relecture en cours, publication normalement en septembre). En voici le démarrage. Au plaisir d’échanger si ces sujets vous inspirent.
L’identité quand on ne fait plus une seule chose
Tu fais quoi dans la vie ? C’est La question qu’on me pose depuis cinq ans et à laquelle je n’ai toujours pas de bonne réponse. Pas parce que je manque de clarté sur mon travail, mais parce qu’aucune case n’existe pour ce que je fais. Gestionnaire de gîtes ? Investisseuse ? Mentor ? Entrepreneuse ? Chacune de ces réponses est vraie mais aucune n’est complète. Et je me suis longtemps demandé si ce flou n’était pas le signe d’un problème dans ma vie professionnelle… Il ne l’était pas, car j’ai depuis compris sa cause.
Ce chapitre parle d’un coût rarement nommé dans les livres sur l’entrepreneuriat et la vie multi-activités : le coût identitaire. Celui qui arrive quand vous ne pouvez plus vous définir en un mot, et que tout le système social autour de vous (administratif, bancaire, relationnel) continue à fonctionner sur ce postulat. Ce coût est réel, et il ne doit pas vous empêcher de construire votre constellation. Mais il doit être anticipé, parce qu’il surgit là où on ne l’attend pas.
Une société organisée par cases
Avant de parler de solutions, il faut comprendre à quoi nous sommes confrontés. Notre société est organisée autour de l’hypothèse que chaque personne a un métier principal, défini, déclarable et identifiable. Cette hypothèse se manifeste partout. Les formulaires administratifs demandent votre profession. Une case, une ligne, un mot. Quand vous avez trois activités, vous choisissez arbitrairement la plus représentative ou la plus récente, en sachant que c’est faux.
Les banques évaluent votre solvabilité sur un statut unique. Un CDI est lisible, un dossier de freelance aussi, un entrepreneur avec une seule société également. Un dossier qui cumule plusieurs structures, plusieurs types de revenus, plusieurs activités devient complexe à analyser. Vous aurez à expliquer, à documenter, à rassurer… beaucoup plus qu’une personne avec son seul salaire.
Les conversations sociales s’organisent autour de la même question. « Tu fais quoi ? » est souvent la deuxième chose qu’on demande à quelqu’un qu’on rencontre, juste après son prénom. C’est devenu un rituel d’identification aussi fort que dire d’où on vient.
Les moteurs de recherche, les réseaux professionnels, les annuaires, les plateformes de mise en relation… tous supposent qu’on puisse être catégorisé en une activité principale. Cette catégorisation est la condition pour être trouvé, évalué, contacté. Ce n’est pas une critique. C’est une observation. Le monde autour de nous est construit pour les mono-actifs.
Pourquoi la question « tu fais quoi » déstabilise autant
« Tu fais quoi ? » n’est pas une vraie question. C’est un raccourci social qui sert à autre chose que ce qu’il dit. La personne qui la pose ne veut pas vraiment connaître votre métier. Elle veut vous situer. Dans la hiérarchie sociale, dans la catégorie professionnelle, dans un imaginaire collectif qui associe chaque métier à un niveau de revenus, un degré de prestige, un style de vie.
Quand vous répondez « je suis avocat », la personne devant vous a immédiatement une image. Pas forcément juste, pas forcément complète, mais suffisante pour que la conversation puisse continuer. Elle sait à peu près dans quelle catégorie sociale vous situer.
Quand vous répondez « je gère des gîtes, j’écris, j’accompagne des entrepreneurs et j’investis », la personne ne sait plus où vous situer. Elle ne sait pas comment faire suivre la conversation. Elle perçoit un décalage avec le cadre habituel, et ce décalage crée une micro-gêne. Cette gêne n’est pas de la malveillance. C’est l’effet mécanique d’un cadre social qui a du mal à traiter l’information trop complexe. Et c’est vous qui allez porter cette gêne, parce que c’est votre identité qui ne rentre pas dans le cadre.
J’ai mis plusieurs années à comprendre ça. Au début, je cherchais à être claire. Je pensais que le problème venait de mes mots, que si j’expliquais mieux, la personne comprendrait. Je me trompais. Le problème ne venait pas de ma formulation mais du cadre social qui ne sait pas accueillir une réponse plurielle.
Pour aller plus loin
Vous voulez passer à l’action avec mes outils ?
L’Ikigaï inversé pour identifier ce que vous refusez dans votre vie professionnelle. Point de départ quand on ne sait pas encore par où commencer. Le Révélateur pour cartographier votre constellation en 50 questions. Étape suivante quand vous savez ce que vous ne voulez plus.
Vous voulez approfondir avec mes archives et ressources ? J’ai créé des ressources avec mes méthodes concrètes, mes chiffres réels et les exercices que j’utilise en mentorat.
Vous voulez un accompagnement personnalisé ? Je propose du mentorat individuel pour construire et améliorer votre constellation.
à bientôt ?
Tiffany
PS : Vous pouvez (re)découvrir ici mon histoire et ce que j’appelle ma constellation professionnelle. J’écris aussi des articles sur un blog. Je publie sur Notes mes pensées du moment et chaque lundi le bilan de la semaine passée.

